a r t i c l e s
les photophones
Les photophones captées au smartphone et profondément retravaillées en postproduction, se transforment jusqu’à atteindre un processus graphique proche de l’art pictural. Ce faisant il créait une hybridation constante entre réel et numérique, afin de permettre au T.O.P.O.S de circuler entre plusieurs dimensions spatiales et temporelles.
Les Photophones : une pratique de l’inframince
Le photophone, dans son essence même, relève selon moi de l’inframince, cette notion chère à Marcel Duchamp désignant les écarts infinitésimaux, presque imperceptibles, entre deux états ou deux objets.
Cette dimension inframince opère de deux manières complémentaires.
D’abord dans le processus de tirage. Duchamp observait que la différence entre deux produits issus de la même machine industrielle constitue déjà un inframince. Ainsi, chaque tirage de photophone, même issu du même fichier et de la même machine, porte en lui une singularité infime mais réelle. Cette approche interroge la notion classique d’édition et d’originalité : au-delà de la série, chaque épreuve devient unique par son caractère inframince.
Ensuite et surtout, dans la relation à la lumière et au reflet. Longtemps, le phénomène de "miroir" sur les verres des photophones m’ont posé problème : superposition du spectateur, interférences des lumières ambiantes, néons incrustés. J’ai progressivement choisi de ne plus les combattre, mais de les intégrer pleinement à l’œuvre.
Désormais, chaque reflet, chaque variation lumineuse selon l’angle de vue et le mouvement du spectateur devient une intervention inframince et autonome. Voir son propre reflet, de manière fugitive et indistincte, c’est entrer indirectement dans l’univers du photophone et y participer de façon subtile. Ainsi, le reflet n'interfère plus comme une perturbation : il est une trace éphémère, un ajout aléatoire de lumière, d’ombre ou de nuage qui modifie l’image à l’instant même où elle est regardée.
Le photophone devient à ce moment opportun une œuvre véritablement ouverte, au sens où l’entendait Umberto Eco : une œuvre dont le sens et l’apparence se construisent dans la rencontre avec le regardeur. Instable, sensible aux conditions d’exposition, elle vit et se transforme en permanence.
Ce que l’on pouvait percevoir comme une limite technique, devient finalement l’une des qualités les plus vivantes et poétiques de mon travail : une invitation discrète à cohabiter, de manière inframince, avec l’œuvre.
l'inframince et le photophone
les sculptures
Mes sculptures murales en polystyrène, transforment des éléments initialement conçus pour protéger des machines industrielles, en territoires artistiques scénographiés. Par une extraction métaphorique, je détourne ces objets utilitaires de leur fonction d’emballage pour les réinscrire dans un contexte artistique où, peintes ou collées au mur, elles évoquent des bas-reliefs qui semblent émerger de l’espace. Ces sculptures soulignent l'hybridité multimodale et l'upcycling comme opportunités esthétiques.
l’upcycling dans mon travail de sculpteur
Je récupère des rebuts (emballages en polystyrène jetables ou autres matériaux), je les détourne de leur fonction utilitaire et les transforme en œuvres d’art.
Mon geste consiste souvent en une intervention minimale : les formes préexistantes des emballages sont conservées, parfois laissées vierges, parfois peintes à la bombe (couleurs vives ou monochromes). Elles sont ensuite collées ou fixées au mur pour devenir des sculptures, murales, qui évoquent des bas-reliefs contemporains.
Je les décris comme des « ready-made polymorphes » ou ready-made contemporains : le matériau trivial et surabondant devient support esthétique. L’upcycling n’est pas présenté comme une pure réhabilitation écologique, mais comme un geste critique et poétique. Le polystyrène reste un « rebut viscéral » de notre époque industrielle — léger, éphémère, difficile à détruire et qui s’infiltre partout. Les sculptures incarnent ainsi la surconsommation, la fragilité environnementale et les ambiguïtés de notre monde saturé de déchets, tout en célébrant la beauté et la texture de ces formes.
Mon approche s’inscrit dans une pratique multimodale (avec les « photophones » inspirées des cut-ups de W.S. Burroughs). A cet effet, j'ai créé l’acronyme T.O.P.O.S (Territoires Opportuns à Périmètres Ouverts Scénographiés) pour désigner ma démarche de révélation de formes et de sens à partir de ce qui est rejeté ou semble t'il non visible parce que trop visible au point qu'il échappe à notre attention. Ces œuvres sont présentées sur différents site comme Instagram, dans des portfolios et lors d’expositions (notamment à Nice et Paris). Ces sculptures en polystyrène allient critique écologique, détournement en ready-made et recherche formelle minimaliste, transformant le déchet industriel en objet artistique hybride et engagé.
l'upcycling
T.O.P.O.S
MANIFESTE DU T.O.P.O.S
un concept opératoire
Le T.O.P.O.S acronyme pour (Territoires Opportuns à Périmètres Ouverts Scénographiés) créé par lucborell, est une pratique artistique qui propose une autre manière d’habiter et d’activer l’espace.
Le t.o.p.o.s, naît là où le territoire classique atteint ses limites : dans les friches, les rebuts, les marges et les flux contemporains. Plutôt que de créer ex nihilo, le t.o.p.o.s saisit ce qui existe déjà — souvent négligé ou destiné à disparaître ou trop présent — pour le transformer en situation perceptive; pour le révéler. Son moteur est l’opportunité : détecter un potentiel latent et le rendre visible, sensible et significatif.
Ouvert par principe, le T.O.P.O.S refuse les frontières closes. Ses périmètres sont poreux et mobiles. Il fonctionne comme un système relationnel où les circulations, les connexions et les métamorphoses priment sur la forme fixe. Cette ouverture est cependant rigoureusement scénographiée : chaque élément (matière, volume, rythme, lumière) est agencé pour créer une expérience cohérente et engageante.
La matière occupe une place centrale dans cette pratique. À travers l’upcycling (la réutilisation) de polystyrène expansé issu des déchets industriels, de caisses palettes, de cagettes et autres déchets de la logistique et de la surconsommation, chez les industriels, je transforme ce qui était résidu en structure porteuse de sens. Ce matériau léger, fragile et paradoxalement durable devient le support d’un territoire sensible, à la fois organique et architectural. Le geste n’est pas de glorifier le déchet, mais de révéler sa puissance poétique et critique une fois déplacé et révélé.
Les photophones complètent cette démarche. Images captées au smartphone et profondément retravaillées en postproduction. eElles se transforment jusqu’à atteindre un processus graphique proche de l’art pictural, étendant ainsi le territoire au-delà du physique. Ce faisant elle créait une hybridation constante entre réel et numérique, afin de permettre au T.O.P.O.S de circuler entre plusieurs dimensions spatiales et temporelles.
Le T.O.P.O.S ne produit pas des objets d’art au sens traditionnel, mais des dispositifs, des d’expériences, des manières de voir à nouveau. Il ne représente pas le monde : il le reconfigure à partir de ses restes et de ses marges pour en faire émerger de nouvelles perceptions et relations.
Cette pratique se situe à la croisée de la sculpture, de la photographie et de l’installation, tout en les dépassant. Elle interroge notre rapport à la matière, à la consommation et à l’espace dans un monde saturé et incertain.
Le T.O.P.O.S est avant tout une attitude : une écoute active des potentialités du présent et une volonté de leur donner une forme sensible.
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